jeudi 14 septembre 2017

De si jolis chevaux - Extrait

  Cette nuit-là il rêva de chevaux dans un champ sur une haute plaine où les pluies printanières avaient fait surgir de terre l'herbe et les fleurs sauvages et les fleurs s'étendaient au loin rien que du bleu et du jaune à perte de vue et dans le rêve il était parmi les chevaux qui passaient au galop et dans le rêve il pouvait courir lui aussi avec les chevaux et il poursuivait les jeunes juments et les jumentins à travers la plaine où leurs somptueuses robes baies et leurs somptueuses robes châtaines chatoyaient au soleil et les jeunes poulains couraient aux côtés de leurs mères et piétinaient les fleurs dans un brouillard de pollen qui restait suspendu dans les rayons de soleil comme des grains d'or broyé et ils couraient lui et les chevaux le long des hauts plateaux où le sol grondait sous leurs rapides sabots et ils déferlaient et tournaient et couraient et leurs crinières et leurs queues flottaient autour d'eux comme de l'écume et il n'y avait rien d'autre en ce monde d'en haut et tous tant qu'ils étaient ils se déplaçaient dans une résonance qui était entre eux comme une musique et nul parmi eux cheval poulain ou jument ne connaissait la peur et ils passaient au galop dans cette résonance qui est le monde lui-même et qui ne peut être dite mais seulement célébrée.

De si jolis chevaux ( Cormac McCarthy ) ( 1992 ) p 184 ( Points )

2 commentaires:

  1. Lu il y a très longtemps. Un peu plus récemment j'ai plus aimé Méridien de sang.

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  2. Ah oui, Méridien de sang et la trilogie sont les quatre que je préfère. J'ai été déçu par contre par les derniers, surtout No country for old men dont je préfère le film.
    Merci de ta visite, Claude. A bientôt.

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