vendredi 22 septembre 2017

Pennsylvania Coal Town ( Edward Hopper )


Pennsylvania Coal Town 
Huile sur toile ( 1947 ) d'Edward Hopper ( 1882 - 1967 )
Butler Institute of American Art, Youngstown, Ohio

lundi 18 septembre 2017

Richard Brautigan - Nouvelle


L'effet Scarlatti

- Ce n'est pas facile de vivre dans un studio à San José avec un homme qui apprend à jouer du violon.
  C'est ce qu'elle a dit aux policiers, en leur tendant le revolver vide.

- - - - - -

La vengeance de la pelouse ( Richard Brautigan ) ( 1971 ) p 64 ( Christian Bourgois ) ( 10 / 18 )


jeudi 14 septembre 2017

De si jolis chevaux - Extrait

  Cette nuit-là il rêva de chevaux dans un champ sur une haute plaine où les pluies printanières avaient fait surgir de terre l'herbe et les fleurs sauvages et les fleurs s'étendaient au loin rien que du bleu et du jaune à perte de vue et dans le rêve il était parmi les chevaux qui passaient au galop et dans le rêve il pouvait courir lui aussi avec les chevaux et il poursuivait les jeunes juments et les jumentins à travers la plaine où leurs somptueuses robes baies et leurs somptueuses robes châtaines chatoyaient au soleil et les jeunes poulains couraient aux côtés de leurs mères et piétinaient les fleurs dans un brouillard de pollen qui restait suspendu dans les rayons de soleil comme des grains d'or broyé et ils couraient lui et les chevaux le long des hauts plateaux où le sol grondait sous leurs rapides sabots et ils déferlaient et tournaient et couraient et leurs crinières et leurs queues flottaient autour d'eux comme de l'écume et il n'y avait rien d'autre en ce monde d'en haut et tous tant qu'ils étaient ils se déplaçaient dans une résonance qui était entre eux comme une musique et nul parmi eux cheval poulain ou jument ne connaissait la peur et ils passaient au galop dans cette résonance qui est le monde lui-même et qui ne peut être dite mais seulement célébrée.

De si jolis chevaux ( Cormac McCarthy ) ( 1992 ) p 184 ( Points )

dimanche 10 septembre 2017

Femme se poudrant le cou ( Kitagawa Utamaro )


Femme se poudrant le cou 
Estampe nishiki-e de Kitagawa Utamaro ( 1753 - 1806 ) vers 1795-96
Musée national des Arts Asiatiques - Guimet, Paris

lundi 4 septembre 2017

Tropique du cancer - Extrait


"J'aime tout ce qui coule", dit le grand Milton aveugle de notre temps. Je pensais à lui ce matin quand je me suis éveillé avec un grand cri sanglant de joie : je pensais à ses fleuves et à ses arbres et à tout ce monde de la nuit qu'il est en train d'explorer. Oui, me disais-je, moi aussi j'aime tout ce qui coule : les fleuves, les égouts, la lave, le sperme, le sang, la bile, les mots, les phrases. J'aime le liquide amniotique quand la poche des eaux se crève, j'aime le rein avec ses calculs douloureux, sa gravelle et je ne sais quoi; j'aime l'urine qui jaillit brûlante, et j'aime la blennorragie qui s'écoule indéfiniment; j'aime les mots des hystériques et les phrases qui coulent comme la dysenterie et reflètent toutes les images des maladies de l'âme; j'aime les grands fleuves comme l'Amazone et l'Orinoco, où des hommes timbrés comme Moravagine vont flottant à travers rêve et légende sur un canot et se noient aux bouches aveugles du fleuve. J'aime tout ce qui coule, même le flux menstruel qui emporte les œufs non fécondés. J'aime les écritures qui coulent, qu'elles soient hiératiques, ésotériques, perverses, polymorphes ou unilatérales. J'aime tout ce qui coule, tout ce qui porte en soi le temps et le devenir, tout ce qui nous ramène au commencement où ne se trouve point de fin : la violence des prophètes, l'obscénité qui est extase, la sagesse des fanatiques, le prêtre avec sa litanie gommeuse, les mots ignobles de la putain, la salive qui s'écoule dans le ruisseau de la rue, le lait du sein et le miel amer qui coule de la matrice, tout ce qui est fluide, tout ce qui se fond, tout ce qui est dissous et dissolvant, tout le pus et la saleté qui en coulant se purifient, tout ce qui perd le sens de son origine, tout ce qui parcourt le grand circuit vers la mort et la dissolution. Le grand désir incestueux est de continuer à couler, ne faire qu'un avec le temps, et fondre ensemble la grande image de l'au-delà avec "ici et maintenant". Désir infatué, désir de suicide, constipé par les mots et paralysé par la pensée.

Tropique du cancer  ( Henry Miller ) ( 1934 ) pp 357-358 ( Folio )