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samedi 8 avril 2023

La chasse infinie et autres poèmes - Frédéric Jacques Temple




C'est moi 
                                           à Henri Pichette

Ce tremblement dans les avoines
c'est moi
l'abeille alourdie de nectar
le rouge-gorge sous l'ombrage
c'est moi
la neige frêle des amandiers
avec une envolée d'archanges
penchés pour boire
aux marges des lavognes
c'est moi
au comble du plaisir
dit Dieu.



J'avais d'abord choisi l'alouette.
Henri s'en étonna :
"Mais pourquoi pas le rouge-gorge ?"
J'aurais dû y penser.
Je n'avais plus qu'à lui dédier le poème.



Rimbaud 
                                            à Alain Borer


1

Poésie, la belle imposture,
leurre pour piéger l'éternel.
Oui, je préfère l'aventure
à ce pathos sempiternel.


Il s'ennuyait en ville
à Charleville

Il s'ennuyait en poésie
à Paris

Il s'ennuyait dans le négoce
en Arabie

En ce monde il s'ennuyait :
il s'ennuie, bien sûr,
dans l'autre.


Phares, balises et feux brefs
La chasse infinie et autres poèmes - Frédéric Jacques Temple - 2020 - Éditions Poésie/Gallimard



lundi 20 décembre 2021

Poésie 7/7

Charles Bukowski - Nirvana 

pas très chanceux, 
libéré totalement du moindre
but,
un jeune homme 
traversait en bus
la Caroline du Nord 
en route pour 
quelque part 
et il a commencé à neiger 
et le bus s'est arrêté 
dans un petit café 
dans les collines 
et les passagers 
sont entrés. 

il s'est assis au comptoir 
avec les autres 
il a commandé et la
nourriture est arrivée. 

le repas était 
particulièrement 
bon
et aussi le 
café.

la serveuse était 
différente des femmes 
qu'il avait 
connues.

elle était sans affectation,
une humeur
naturelle se dégageait 
d'elle. 

le cuisinier disait 
des trucs dingues
le plongeur 
au fond,
riait, d'un bon
rire
sain
agréable. 

le jeune homme regardait 
la neige à travers la
vitre.

il voulait rester
dans ce café 
pour toujours. 

le curieux sentiment 
le traversait 
que tout 
était 
beau 
là, 
que toujours 
ça resterait beau
là. 

puis le chauffeur de bus
a lancé aux passagers 
qu'il était temps
de remonter à bord.

le jeune homme 
s'est dit, je vais juste rester assis
ici, je vais juste rester
ici.

mais alors
il s'est levé et a suivi
les autres dans le 
bus.

il a retrouvé son siège 
et a regardé le café 
à travers la vitre 
du bus.

puis le bus a démarré 
pris le tournant, 
en descente, quittant 
les collines. 

le jeune homme 
regardait droit
devant.

il entendait les autres
passagers 
parler
d'autres choses,
ou bien ils 
lisaient 
ou tentaient de 
dormir.

ils n'avaient pas 
remarqué 
la
magie.

le jeune homme 
mit sa tête de
côté, 
ferma les 
yeux,
fit semblant de 
dormir. 

il n'y avait rien
d'autre à faire -

sauf écouter le
bruit du 
moteur,
le bruit des
pneus
sur la
neige.


Tom Waits lisant Nirvana
Musique : Tom Waits. 






dimanche 24 octobre 2021

Poésie 6/7

Sylvia Plath - Edge

The woman is perfected.
Her dead 

Body wears the smile of accomplishment,
The illusion of a Greek necessity 

Flows in the scrolls of her toga, 
Her bare 

Feet seem to be saying :
We have come so far, it is over. 

Each dead child coiled, a white serpent,
One at each little

Pitcher of milk, now empty.
She has folded 

Them back into her body as petals 
Of a rose close when the garden

Stiffens and odors bleed 
From the sweet, deep throats of the night flower. 

The moon has nothing to be sad about,
Staring from her hood of bone.

She is used to this sort of thing.
Her blacks crackle and drag. 


Le bord

La femme s'est accomplie.
Son corps mort

Porte le sourire de l'accomplissement, 
L'illusion d'une obligation grecque

Coule dans les rouleaux de sa toge,
Ses pieds 

Nus semblent vouloir dire :
Nous sommes arrivés si loin, tout est fini.

Chaque enfant mort est enroulé, un serpent blanc, 
Près de chacun une petite

Cruche de lait, maintenant vide.
Elle les a replié 

Contre son corps comme des pétales 
D'une rose refermée quand le jardin 

Se fige et que les parfums saignent 
Des douces, profondes, gorges de la fleur de la nuit.

La lune n'a pas à s'en désoler,
Fixant le tout de sa cagoule d'os. 

Elle a tant l'habitude de cela.
Sa noirceur crépite et se traîne. 




mardi 28 septembre 2021

Poésie 5/7

William Blake - The angel 

I Dreamt a Dream ! what can it mean ?
And that I was a maiden Queen,
Guarded by an Angel mild :
Witless woe was ne'er beguil'd !

And I wept both night and day, 
And he wip'd my tears away,
And I wept both day and night, 
And hid from him my heart's delight.

So he took his wings and fled ;
Then the morn blush'd rosy red ;
I dried my tears, & arm'd my fears 
With ten thousand shields and spears.

Soon my Angel came again :
I was arm'd, he came in vain ;
For the time of youth was fled,
And grey hairs were on my head.


L'ange

J'ai rêvé un Rêve ! Quel en est le sens ?
J'étais une jeune Reine
Gardée par un doux Ange :
Douleur naïve jamais ne fut abusée !

Et j'ai pleuré tout le jour, toute la nuit,
Et il essuyait mes larmes,
Et j'ai pleuré tout le jour, toute la nuit,
Et je lui cachais le délice de mon âme. 

Puis il déploya ses ailes, prit son envol ;
Et le matin rougit rose ;
J'ai séché mes larmes, j'ai armé mes peurs 
De dix mille lances et boucliers. 

Bientôt mon Ange revint :
J'étais armée, il était venu en vain ;
Déjà ma jeunesse avait fui,
Déjà ma chevelure était grise.





Songs of experience - William Blake ( 1794 )

Album : Mothers and tygers ( Emily Loizeau ) ( 2012 ) 



dimanche 19 septembre 2021

Poésie 4/7

Charles Baudelaire - L'examen de minuit

La pendule, sonnant minuit,
Ironiquement nous engage
A nous rappeler quel usage
Nous fîmes du jour qui s'enfuit :
- Aujourd'hui, date fatidique, 
Vendredi, treize, nous avons,
Malgré tout ce que nous savons, 
Mené le train d'un hérétique. 

Nous avons blasphémé Jésus, 
Des Dieux le plus incontestable !
Comme un parasite à la table
De quelque monstrueux Crésus,
Nous avons, pour plaire à la brute,
Digne vassale des Démons, 
Insulté ce que nous aimons 
Et flatté ce qui nous rebute ;

Contristé, servile bourreau, 
Le faible qu'à tort on méprise ;
Salué l'énorme Bêtise,
La Bêtise au front de taureau ;
Baisé la stupide Matière 
Avec grande dévotion, 
Et de la putréfaction 
Béni la blafarde lumière. 

Enfin, nous avons, pour noyer
Le vertige dans le délire, 
Nous, prêtre orgueilleux de la Lyre,
Dont la gloire est de déployer 
L'ivresse des choses funèbres, 
Bu sans soif et mangé sans faim !...
- Vite soufflons la lampe, afin
De nous cacher dans les ténèbres !





( Charles Baudelaire / Léo Ferré ) 

Charles et Léo - Jean-Louis Murat ( 2007 )



dimanche 8 août 2021

Poésie 3/7

Robert Desnos - Jamais d'autre que toi


Jamais d'autre que toi en dépit des étoiles et des solitudes 
En dépit des mutilations d'arbre à la tombée de la nuit
Jamais d'autre que toi ne poursuivra son chemin qui est le mien
Plus tu t'éloignes et plus ton ombre s'agrandit 
Jamais d'autre que toi ne saluera la mer à l'aube
quand fatigué d'errer moi sorti des forêts ténébreuses 
et des buissons d'orties je marcherai vers l'écume 
Jamais d'autre que toi ne posera sa main sur mon front et mes yeux
Jamais d'autre que toi et je nie le mensonge et l'infidélité 
Ce navire à l'ancre tu peux couper sa corde
Jamais d'autre que toi 
L'aigle prisonnier dans une cage ronge lentement les barreaux de cuivre vert-de-grisés
Quelle évasion !
C'est le dimanche marqué par le chant des rossignols dans les bois d'un vert tendre
l'ennui des petites filles en présence d'une cage où s'agite un serin
tandis que dans la rue solitaire
le soleil lentement déplace sa ligne mince sur le trottoir chaud
Nous passerons d'autres lignes
Jamais, jamais d'autre que toi 
Et moi seul seul seul comme le lierre fané des jardins de banlieue
seul comme le verre
Et toi, jamais d'autre que toi 







vendredi 6 août 2021

Poésie 2/7

Dylan Thomas - Do not go gentle into that good night


N'entre pas sans violence dans cette bonne nuit

N'entre pas sans violence dans cette bonne nuit,
Le vieil âge devrait brûler et s'emporter à la chute du jour ;
Rager, s'enrager contre la mort de la lumière. 

Bien que les hommes sages à leur fin sachent que l'obscur est mérité, 
Parce que leurs paroles n'ont fourché nul éclair ils
N'entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.

Les hommes bons, passée la dernière vague, criant combien clairs
Leurs actes frêles auraient pu danser en une verte baie
Ragent, s'enragent contre la mort de la lumière. 

Les hommes violents qui prirent et chantèrent le soleil en plein vol,
Et apprennent, trop tard, qu'ils l'ont affligé dans sa course,
N'entrent pas sans violence dans cette bonne nuit. 

Les hommes graves, près de mourir, qui voient de vue aveuglante 
Que leurs yeux aveugles pourraient briller comme météores et s'égayer,
Ragent, s'enragent contre la mort de la lumière. 

Et toi, mon père, ici sur la triste élévation 
Maudis, bénis-moi à présent avec tes larmes violentes, je t'en prie.
N'entre pas sans violence dans cette bonne nuit. 
Rage, enrage contre la mort de la lumière. 








jeudi 5 août 2021

Poésie 1/7

Allen Ginsberg - A supermarket in California

  What thoughts I have of you tonight, Walt Whitman, for I walked down the sidestreets under the trees with a headache self-conscious looking at the full moon.
  In my hungry fatigue, and shopping for images, I went into the neon fruit supermarket, dreaming of your enumerations !
  What peaches and what penumbras ! Whole families shopping at night ! Aisles full of husbands ! Wives in the avocados, babies in the tomatoes ! - and you, Garcia Lorca, what were you doing down by the watermelons ?

  I saw you, Walt Whitman, childless, lonely old grubber, poking among the meats in the refrigerator and eyeing the grocery boys. 
  I heard you asking questions of each : Who killed the pork chops ? What price bananas ? Are you my Angel ?
  I wandered in and out of the brilliant stacks of cans following you, and followed in my imagination by the store detective. 
  We strode down the open corridors together in our solitary fancy tasting artichokes, possessing every frozen delicacy, and never passing the cashier. 

  Where are we going, Walt Whitman ? The doors close in an hour. Which way does your beard point tonight ? 
  ( I touch your book and dream of our odyssey in the supermarket and feel absurd ) 
  Will we walk all night through solitary streets ? The trees add shade to shade, lights out in the houses, we'll both be lonely. 
  Will we stroll dreaming of the lost America of love past blue automobiles in driveways, home to our silent cottage ?
  Ah, dear father, graybeard, lonely old courage-teacher, what America did you have when Charon quit poling his ferry and you got out on a smoking bank and stood watching the boat disappear on the black waters of Lethe ?


Un supermarché en Californie 

  Quelles pensées j'ai de toi ce soir, Walt Whitman, car j'ai descendu les petites rues sous les arbres avec un mal de tête et conscient de moi en regardant la pleine lune.
  Dans ma fatigue affamée, et faisant emplettes d'images, je suis entré au supermarché fruits-néon, rêvant de tes énumérations !
  Quelles pêches et quelles pénombres ! Des familles entières faisant leurs courses la nuit ! Des rayons pleins de maris ! Des épouses dans les avocats, des bébés dans les tomates ! - et toi, Garcia Lorca, que faisais-tu près des pastèques ?

  Je t'ai vu, Walt Whitman, sans enfant, vieux bouffeur solitaire fouinant parmi les viandes dans le congélateur et zieutant les garçons épiciers. 
  Je t'ai entendu questionner chacun d'eux : Qui a tué les côtes de porc ? A quel prix les bananes ? Es-tu mon Ange ?
  Je suis entré et sorti des piles brillantes de boîtes de conserve te suivant, et suivi en mon imagination par le détective du magasin. 
  Nous avons arpenté les travées ouvertes unis dans notre fantaisie solitaire goûtant aux artichauts, possédant tous les mets surgelés, sans jamais passer à la caisse.

  Où allons-nous, Walt Whitman ? Les portes ferment dans une heure. De quel côté ta barbe pointe-t-elle ce soir ? 
  ( Je touche ton livre et rêve de notre odyssée dans le supermarché et me trouve absurde. )
  Marcherons-nous toute la nuit par les rues solitaires ? Les arbres ajoutent de l'ombre à l'ombre, les lumières s'éteignent aux maisons, on va être esseulé tous les deux.
  Flânerons-nous rêvant de l'Amérique perdue de l'amour le long des automobiles bleues aux entrées des garages, rentrant à notre cottage silencieux ?
  Ah, cher père, barbe-grise, vieux maître-courage solitaire, quelle Amérique as-tu eue quand Charon s'arrêta de pousser la perche de son bac et que tu descendis sur un rivage fumant et restas planté à regarder le bateau disparaître sur les eaux noires du Léthé ?


Berkeley 1955







mercredi 4 novembre 2020

Une semaine avec Leonard Cohen 3/7

Cadeau

   Tu me dis que le silence 
est plus près de la paix que les poèmes 
mais si en cadeau
je te donnais le silence 
( car je sais le silence ) 
tu dirais 
   Ce n'est pas le silence 
c'est un autre poème 
et tu me le rendrais


La boîte d'épices de la terre ( 1961 ) Musique d'ailleurs 1 ( 1993 ) Editions 10/18




lundi 12 octobre 2020

Bords de l'Arno ( Oscar Wilde )

 


La très longue, saisissante, importante Ballade de la geôle de Reading ( 1898 ), que je ne peux reproduire ici, est dans ce petit recueil précédée d'une sélection de vingt-quatre poèmes de 1881. En voici un. 


Bords de l'Arno 

Le laurier-rose sur le mur
Vire au pourpre à la lueur de l'aube,
Mais l'ombre grise de la nuit
S'étend encore sur Florence. 

La rosée éclaire la colline,
Les bourgeons brillent tout là-haut, 
Mais, ah ! les cigales ont fui
Et leur chant attique a cessé. 

A peine si les feuilles bougent
A la suave brise légère 
Et, dans le vallon fleurant l'amandier, 
Chante un rossignol solitaire.

Le jour, bientôt, te fera taire,
Ô rossignol, poursuis ton chant d'amour !
Tandis que sur l'ombreux bocage
Se brisent les flèches de la lune.

Bientôt, le matin filtrera 
De vert vêtu, sur le silence des pelouses
Et lancera à l'amour apeuré 
Les traits blancs de l'aurore, 

En se hissant à l'orient,
Terrassant la nuit qui frémit, 
Sans souci que mon cœur soit heureux 
Ou que meure le rossignol. 


La ballade de la geôle de Reading ( Oscar Wilde  ) ( 1881 ) ( 1898 ) Editions Folio.

lundi 6 avril 2020

Proverbes de l'enfer ( Extraits ) - William Blake



La route de l'excès mène au palais de la sagesse.

Celui qui désire sans agir couve la peste.

Le fou ne voit pas le même arbre que le sage.

L'abeille qui s'affaire n'a pas de temps pour le chagrin.

L'acte le plus sublime consiste à faire passer l'autre avant soi.

Un nid pour l'oiseau, une toile pour l'araignée, pour l'homme l'amitié.

Jamais l'aigle ne perdit plus de temps que lorsqu'il consentit à apprendre du corbeau.

Qui t'a permis de lui en imposer te connaît.

Les tigres de la colère sont plus sages que les chevaux du savoir.

Tu ne sauras jamais ce qu'est la mesure, tant que tu n'auras pas passé la mesure.

L'air à l'oiseau, la mer au poisson, de même le mépris à celui qui le mérite.




Proverbes de l'enfer ( Le mariage du ciel et de l'enfer ) - William Blake ( 1793 ) Éditions Allia.




jeudi 28 novembre 2019

A Thanksgiving prayer - William S. Burroughs



Texte : William S. Burroughs
Film : Gus Van Sant

A Thanksgiving prayer 

To John Dillinger and hope he is still alive
Thanksgiving Day, November 28, 1986

Thanks for the wild turkey and the passenger pigeons destined to be shit out through wholesome American guts
Thanks for a continent to despoil and prison
Thanks for Indians to provide a modicum of challenge and danger
Thanks for vast herds of bison to kill and skin leaving the carcasses to rot
Thanks for bounties on wolves and coyotes
Thanks for the American dream to vulgarize and falsify until the bare lies shine through
Thanks for the KKK
For nigger-killin' lawmen, feelin' their notches
For decent church-goin' women with their mean, pinched, bitter, evil faces
Thanks for "Kill a queer for Christ" stickers
Thanks for laboratory AIDS
Thanks for Prohibition and the war against drugs
Thanks for a country where nobody's allowed to mind his own business
Thanks for a nation of finks
Yes, thanks for all the memories ... all right let's see your arms !
You always were a headache and you always were a bore
Thanks for the last and greatest betrayal of the last and greatest of human dreams


Une prière de Thanksgiving 

A John Dillinger en espérant qu'il est toujours en vie
Thanksgiving, 28 Novembre 1986

Merci pour les dindes sauvages et les pigeons migrateurs destinés à être chiés par de saines tripes d'Américains
Merci pour un continent à dépouiller et à empoisonner
Merci pour les Indiens qui ont fourni un soupçon de défi et de danger
Merci pour les vastes troupeaux de bisons à massacrer et à dépecer en laissant pourrir les carcasses
Merci pour les primes sur les loups et les coyotes
Merci pour le Rêve Américain à dévoyer et à falsifier jusqu'à ce que les mensonges règnent en majesté
Merci pour le Ku Klux Klan
Les policiers tueurs de négres, caressant les encoches de leurs armes
Et les bigotes avec leurs visages mesquins, pincés, amers et mauvais
Merci pour les autocollants "Tuez une pédale au nom du Christ"
Merci pour le Sida de laboratoire
Merci pour la Prohibition et la guerre contre la drogue
Merci pour un pays où personne n'a le droit de s'occuper de ses propres affaires
Merci pour une nation d'indics
Oui, merci pour tous les souvenirs ... dis donc fait voir tes bras !
T'as toujours été un mal de tête et t'as toujours été un emmerdeur
Merci pour la dernière et plus grande trahison des derniers et plus grands rêves de l'humanité

samedi 20 juillet 2019

La fête du Double Neuf ( Deux poèmes chinois )

Voici deux poèmes chinois que j'ai recopié d'une anthologie il y a quelques années.



Sur l'air Qing Jiang Yin

      Sur le lac le 9ème jour de la 9ème lune 

Le vent d'ouest souffle encore dans les saules au bord du lac
vers le bateau peint il soutient une manche rouge
les mouettes dorment paisibles sur les eaux sauvages
un papillon danse maigre fleur d'automne
pour le vieillard libertin l'ivresse n'est pas le vin



Sur l'air Si Kuai Yu

      En voyage le 9ème jour de la 9ème lune 

Son chapeau emporté par le vent
il prend de la hauteur avec le vin
l'homme dans les lointains, nuage bleu d'automne
la pluie à ma clôture a dû flétrir les fleurs jaunes
triste encore triste
étage après étage
le 9 de la 9ème lune




Notes :
Le 9ème jour de la 9ème lune : La fête du Double Neuf, fin Octobre ou début Novembre, est l'occasion de se réunir, d'admirer ensemble les couleurs de l'automne, de regarder les chrysanthèmes ( fleurs jaunes ), de rechercher les derniers papillons ... L'usage voulait aussi que les lettrés se donnent pour but de promenade un lieu élevé, une colline, une terrasse où l'on buvait entre amis. Au IVème siècle, la tradition existait déjà, et un certain Meng Jia, ivre, laissa échapper en cette occasion son bonnet de mandarin emporté par le vent. Quelqu'un en profita pour écrire un libelle contre lui. L'anecdote devint célèbre. Depuis, chaque année, de siècle en siècle, les poètes ont pris l'habitude, ce jour-là, de perdre ( dans leurs poèmes ) leur couvre-chef emporté par le vent d'ouest ...
Manche rouge : jolie fille, courtisane.

mercredi 27 décembre 2017

Les six cordes - Federico Garcia Lorca


Les six cordes

La guitare
fait pleurer les songes.
Le sanglot des âmes
perdues
s'échappe par sa bouche
ronde.

Et comme la tarentule,
elle tisse une grande étoile
pour chasser les soupirs
qui flottent dans sa noire
citerne de bois.


( Graphique de la Petenera - Poésies II ( nrf - Poésie / Gallimard ))

Album de la semaine #52

Rain dogs - Tom Waits - 1985 Extrait : Downtown train Voilà, c'est le dernier post de ce blog. Merci à tous les visiteurs, merci pour to...