Reg Despard débarque à son agence d'enquêtes spéciale fraudes pour lui faire part de ses doutes sur la société d'un certain Gabriel Ice et voilà Maxine Tarnow-Loeffler plongée dans les méandres d'une intrigue à travers la société new-yorkaise, sur la piste de preuves des malversations dudit Ice.
Et comme nous sommes bien dans un roman de Pynchon, que c'est sa dernière cosmogonie en date, nous allons croiser une multitude de personnages. Alors, qu'avons-nous entre autres cette fois-ci ? Une lanceuse d'alerte acharnée, des mafieux russes atypiques, des geeks de tous poils, quasiment un derrière chaque porte, des vidéastes amateurs, des espions professionnels, à moins que ce ne soit l'inverse ; une sœur et un beau-frère, ex-kibboutzim de fraîche date, une meilleure amie énervante, un amant-mercenaire au passé très douteux mais au physique qui ne l'est pas, un Loeffler, celui de son nom, se trouvant être son ex-mari, qui pourtant ne pourrait pas être plus présent. Et puis, bien sûr, ses prunelles, Ziggy et Otis, les garçons.
Maxine devra pour son enquête faire quelques descentes plus ou moins prolongées dans le Web Profond, faire face là-bas à une réalité viciée, où gravitent des avatars si bien que ... revenue dans la "viande-sphère", elle se demandera si ce papier qui volette sur le trottoir n'est pas dirigé par quelque main posé sur une souris, face à tel panorama du Yupper East Side, comme le surnomme Pynchon, s'il n'y aurait pas dans le coin à droite quelque icône pour en sortir d'un clic.
Ceux qui n'aiment pas Pynchon - l'écrivain de la paranoïa ( "Pour moi, non, la paranoïa est l'ail dans la cuisine de la vie, pas vrai, il n'y en a jamais trop", fait-il dire à Maxine), invisible ( une seule photo authentifiée de lui qui date de ses années de lycée ) est en effet clivant, avec ses fans inconditionnels, dont je pourrais faire partie parce que ce Monsieur a écrit V. - n'aimeront sûrement pas celui-là. Il est comme tous les autres touffu, crypté, labyrinthique, souvent obscur, peuplé de personnages barrés, loufoques ... Mais deux choses pourraient quand même les convaincre. Pynchon pare Maxine du fameux humour juif new-yorkais et ça fait souvent des étincelles. Et puis surtout, ah mais c'est vrai, je ne vous l'ai pas dit, on est en 2001 et après le 11 Septembre et l'attentat sur les tours, tout change. Pas vraiment et pas longtemps dans la vie de New York. Mais dans le ton de Pynchon, rarement aussi grave dans une de ses fictions. Et on sait que pour lui, fiction ne sera jamais un vain mot. Peut-être est-ce là comme un chant d'amour en creux pour sa ville ...
A Thanksgiving prayer
To John Dillinger and hope he is still alive
Thanksgiving Day, November 28, 1986
Thanks for the wild turkey and the passenger pigeons destined to be shit out through wholesome American guts
Thanks for a continent to despoil and prison
Thanks for Indians to provide a modicum of challenge and danger
Thanks for vast herds of bison to kill and skin leaving the carcasses to rot
Thanks for bounties on wolves and coyotes
Thanks for the American dream to vulgarize and falsify until the bare lies shine through
Thanks for the KKK
For nigger-killin' lawmen, feelin' their notches
For decent church-goin' women with their mean, pinched, bitter, evil faces
Thanks for "Kill a queer for Christ" stickers
Thanks for laboratory AIDS
Thanks for Prohibition and the war against drugs
Thanks for a country where nobody's allowed to mind his own business
Thanks for a nation of finks
Yes, thanks for all the memories ... all right let's see your arms !
You always were a headache and you always were a bore
Thanks for the last and greatest betrayal of the last and greatest of human dreams
Une prière de Thanksgiving
A John Dillinger en espérant qu'il est toujours en vie
Thanksgiving, 28 Novembre 1986
Merci pour les dindes sauvages et les pigeons migrateurs destinés à être chiés par de saines tripes d'Américains
Merci pour un continent à dépouiller et à empoisonner
Merci pour les Indiens qui ont fourni un soupçon de défi et de danger
Merci pour les vastes troupeaux de bisons à massacrer et à dépecer en laissant pourrir les carcasses
Merci pour les primes sur les loups et les coyotes
Merci pour le Rêve Américain à dévoyer et à falsifier jusqu'à ce que les mensonges règnent en majesté
Merci pour le Ku Klux Klan
Les policiers tueurs de négres, caressant les encoches de leurs armes
Et les bigotes avec leurs visages mesquins, pincés, amers et mauvais
Merci pour les autocollants "Tuez une pédale au nom du Christ"
Merci pour le Sida de laboratoire
Merci pour la Prohibition et la guerre contre la drogue
Merci pour un pays où personne n'a le droit de s'occuper de ses propres affaires
Merci pour une nation d'indics
Oui, merci pour tous les souvenirs ... dis donc fait voir tes bras !
T'as toujours été un mal de tête et t'as toujours été un emmerdeur
Merci pour la dernière et plus grande trahison des derniers et plus grands rêves de l'humanité
Just kids est une autobiographie. La vie de Patti Smith jusqu'à 1975, c'est à dire la parution de Horses, son premier album, en prenant pour prisme sa relation d'abord amoureuse, puis amicale mais avant tout artistique avec le photographe Robert Mapplethorpe. Ce livre est la promesse faite juste avant la mort de celui-ci de "raconter leur histoire".
Je ne connaissais Mapplethorpe que de nom. En savais-je beaucoup plus sur Patti Smith ? Sa musique oui, bien sûr, que j'ai souvent écouté, un soupçon de sa poésie post-beat, son amour immodéré pour Rimbaud et finalement quoi d'autre ? J'ai découvert quelqu'un de clean malgré son look bohème, ce qui ne cessait de surprendre les gens à l'époque, mais surtout quelqu'un de très cultivé, férue de poésie, américaine, française ... mais aussi de peinture, de photographie ou de cinéma, notamment celui de la Nouvelle Vague. Et de bien d'autres choses encore, tant sa curiosité est grande.
Robert, d'abord dessinateur, peintre, artiste plastique, lorsqu'il s'essaie à la photographie, en fait aussitôt son principal mode d'expression. Ce sera un moyen de montrer l'homosexualité, souvent sans fard ; il vient de découvrir la sienne quelques temps auparavant.
Dessinatrice, Patti l'est aussi mais elle cherche une autre voie - une autre voix - qui lui permette de s'exprimer mieux. Elle compose de la poésie bien sûr depuis longtemps mais ce sont deux révélations : un concert des Doors et une chanson des Byrds, So you want to be a rock'n'roll star qui lui font entrevoir son avenir. Et comme dira Robert, devenir célèbre avant lui.
Just kids m'a transporté autant que Chroniques de Bob Dylan. Si je ne crois pas que Dylan écrivait un journal intime, il avait plus sûrement une grande mémoire, c'est le sien qui a servi de base à Patti Smith. Et elle réussit quelque chose d'une grande clairvoyance et d'une réjouissante honnêteté sur son début de carrière et le livre qu'elle avait promis à Mapplethorpe, celui qui fut "l'artiste de sa vie".
Just kids ( Patti Smith ) ( 2010 ) Editions Folio.
Tristessa est peut-être un court roman, peut-être une nouvelle mais plus sûrement un long blues - qui pourrait faire partie des Mexico City blues parce que c'est là qu'il se déroule. Un blues de Kerouac, en deux mouvements, composé comme à son habitude de son écriture de l'instant.
Dès les premières lignes, on est plongé dans le monde de Tristessa, une pièce surchargée, surpeuplée, jeunes, vieux, animaux, crucifix, une pièce sale, malade, droguée. Avec au milieu de tout ça, un Kerouac qui lui ne l'est pas, drogué, mais passablement borracho. Et plombé par cet amour dont il ne sait pas quoi faire pour cette prostituée, cette beauté métisse de Tristessa. Doit-il la quitter, doit-il l'épouser ? Peut-il la sortir de cet enfer dans lequel elle s'enfonce ...
L'ellipse - et l'éclipse de Jack - de quelques mois entre les deux parties lui fait retrouver une Tristessa encore plus mal en point. Il ne l'a pas sauvé, ne l'a pas épousé et maintenant c'est trop tard. Tout est trop tard. Il ne peut que l'accompagner sur le chemin qu'elle n'a peut-être pas tout à fait choisi, jusqu'à ...
Mais non, il vaut mieux faire comme Jack. Si on s'arrête là, Tristessa ne meurt pas, elle reste cette belle fille métisse qu'il aime et pas le sac d'os qu'elle est presque déjà devenu ...
Un ange a dû passé, probablement un vagabond, et l'envie m'a pris de relire Kerouac, de suivre à nouveau au pas de charge sa prose enflammée, ses humeurs, ses associations d'idées souvent démentes comme ... un solo de sax ? Now's the time tiens.
Tristessa ( Jack Kerouac ) ( 1960 ) Editions Folio
Une vidéo pour "fêter" la sortie le 15 Novembre du nouvel album de Joe Henry, The gospel according to water.
La chanson Odetta de son album Reverie enregistrée à l'émission japonaise On the shelf avec Lisa Hannigan, John Smith et Ross Turner.
J'ai essayé de traduire les paroles mais j'ai abandonné, il y a trop de choses qui m'échappent. Joe Henry a dit que sa chanson ne parlait pas de la chanteuse de folk et de blues mais avec un tel prénom, difficile de ne pas y penser.
En bonus, un extrait du nouvel album de Rhiannon Giddens avec Francesco Turrisi et produit par Mister Joe que je viens de découvrir. I'm on my way qu'ils ont composé ensemble.
Les cahiers secrets se présentent comme la partie du Journal d'Anaïs Nin qui a trait à sa relation avec le couple Miller, Henry et June, durant l'année 1932.
En Décembre 1931, "J'ai rencontré Henry Miller", cette simple phrase détachée du reste du texte montre qu'Anaïs Nin sait par avance qu'il s'agit d'une rencontre importante. Mais avant Henry et on le dit peu, elle va d'abord tomber amoureuse de June, sa femme.
June repartie tout de suite aux États-Unis, le rapprochement avec Henry devient évident. Un rapprochement de deux écrivains tout d'abord puis très vite celui de deux êtres passionnés. Henry Miller, cet homme vigoureux, impulsif, "toujours vif et joyeux" selon sa devise change Anaïs de la timidité et de l'impuissance de son mari Hugo.
Il s'agit d'une version hybride du Journal. Ni la version intégrale, ni la version expurgée parue en premier lieu mais plutôt une compilation Miller.
A la lecture d'un journal intime, la vérité d'un jour ne sera pas celle du lendemain et ici, comme il n'y a aucune mention des jours mais uniquement celle des mois, c'est la vérité d'un paragraphe qui ne sera pas celle du suivant.
Il faut dire qu'Anaïs se pose beaucoup de questions parce qu'elle doit jongler entre quatre hommes cette année-là : son mari Hugo bien sûr, Miller donc, mais aussi son cousin Eduardo et son psychiatre René Allendy, qui tous sont amoureux d'elle et qui tous vont l'aimer physiquement.
Sans parler de l'absente June, dont le retour surprise à Paris en Octobre 1932 trouble au plus haut point Anaïs et Henry.
Mais la fin du livre n'est bien entendu pas la fin du Journal ni même celle de sa relation avec les Miller, qui se poursuivra pendant une bonne partie des années 30.
"Ainsi, Henry vient cet après-midi et demain je sors avec June."
C'est le sixième livre de Patrick Modiano que je lis. Si je mets de côté La Place de l'Etoile, lu il y a quelques années et qui me semble à part dans son oeuvre, j'ai lu il y a longtemps Chien de printemps, Remise de peine et Un pedigree et je ne m'en souviens plus du tout. Je crois d'ailleurs les avoir oubliés peu de temps après les avoir lus, ne me restant que l'impression du désormais célèbre "flou modianesque". Et puis il y a quelques mois, je suis tombé sur Dora Bruder et cette enquête acharnée pour retracer le parcours d'une jeune juive avant son départ pour les camps m'a marquée durablement.
L'herbe des nuits est également une enquête - les livres de Modiano ne le sont-ils pas presque tous ? des enquêtes dans l'immobilité de la tête du narrateur et de ses souvenirs et l'espace réduit des rues de sa jeunesse.
Jean est écrivain ( il a de nombreux points communs avec l'auteur ) et grâce aux notes d'un carnet et un rapport de police légué par un inspecteur, il stimule sa mémoire pour se rappeler une époque et une fille, Dannie, qu'il a fréquenté. Une fille mystérieuse, cette Dannie, semant plusieurs identités, côtoyant elle des personnes peu recommandables.
Jean, et nous avec lui, car Modiano a cette capacité de nous embarquer à la suite de son narrateur en étant aussi perdus qu'il l'est, convoque le Paris de sa jeunesse, un Paris qui subsiste encore grâce à quelques cafés, quelques bâtiments, quelques adresses ...
"Mais aujourd'hui, je comprends mieux : j'avais besoin de points de repère, de noms de stations de métro, de numéros d'immeubles, de pedigrees de chiens, comme si je craignais que d'un instant à l'autre les gens et les choses ne se dérobent ou disparaissent et qu'il fallait au moins garder une preuve de leur existence."
Jean retrouve des souvenirs enfouis, ils reviennent à lui par petites vagues et il en récupère l'écume sur le sable, des scènes, des dialogues, des gestes, des attitudes, afin que d'un flou initial, une image se forme sur l'écran.
L'herbe des nuits ( Patrick Modiano ) ( 2012 ) Éditions Folio.
Little Bird est le premier roman de Craig Johnson, la première enquête du shérif Walt Longmire.
J'ai connu ce shérif dans son adaptation en série dont j'ai vu des épisodes des deux premières saisons. Et même si ce n'est pas la meilleure série du monde, elle est très plaisante. Son décor, ses acteurs principaux y étant pour beaucoup.
Si je savais, grâce à la série, que Longmire était sensible - et encore pas à quel point - je n'avais pas saisi comme c'était un cow-boy spirituel.
En suivant ses pas, on découvre le comté fictif d'Absaroka dans le Wyoming, situé sur les contreforts des Big Horn Mountains. On y découvre aussi ses "acolytes" : ses adjoints, le gentil Ferg, Turk le bien-nommé car c'est sa tête de turc et Vic, celle qu'il verrait bien lui succéder ; sa secrétaire Ruby ; son prédécesseur Lucian ; et surtout Henry Standing Bear, son grand ami et tenancier indien du bar le Red Pony.
Un cadavre a été découvert par des éleveurs de moutons au fond d'un ravin et comme le mort est Cody Pritchard, qu'il a fait partie de ceux qui ont violés il y a quelques années Melissa Little Bird, une jeune indienne déficiente mentale, cette affaire replongera notre shérif dans un passé récent au goût amer : les violeurs ont été condamnés, au vu des faits, à des peines bien légères.
Alors, qui a décidé de venger Melissa ? Longmire, parce que très impliqué émotionnellement, aurait peut-être préféré ne jamais le découvrir.
La fin m'a bouleversé. Mais c'est peut-être parce que si j'étais un cow-boy, j'en serais un sensible.
Little Bird ( Craig Johnson ) ( 2005 ) Éditions Points.
1) Wild is the wind ( Cat Power )
2) Show biz kids ( Rickie Lee Jones )
3) The wicked messenger ( Patti Smith )
4) Tango till they're sore ( Holly Cole )
5) My name is Carnival ( Youn Sun Nah )
6) Song to the siren ( This Mortal Coil )
7) Working class hero ( Marianne Faithfull )
8) Stephanie says ( Lady and Bird )
9) Blue velvet ( Lana Del Rey )
10) Let the mystery be ( Live ) ( 10 000 Maniacs / David Byrne )
Cat Power - The covers record ( 2000 )
Original : ( Dimitri Tiomkin - Ned Washington )
Nina Simone - Wild is the wind ( 1966 )
1)
2) Show biz kids ( Rickie Lee Jones )
3) The wicked messenger ( Patti Smith )
4) Tango till they're sore ( Holly Cole )
5) My name is Carnival ( Youn Sun Nah )
6) Song to the siren ( This Mortal Coil )
7) Working class hero ( Marianne Faithfull )
8) Stephanie says ( Lady and Bird )
9) Blue velvet ( Lana Del Rey )
10) Let the mystery be ( Live ) ( 10 000 Maniacs / David Byrne )
Rickie Lee Jones - It's like this ( 2000 )
Original : ( Donald Fagen - Walter Becker )
Steely Dan - Countdown to ecstasy ( 1973 )