dimanche 7 juin 2020
Les huit montagnes - Paolo Cognetti
Pour certains hommes, il n'y a finalement qu'une montagne qui compte vraiment. Celle où ils naissent et grandissent. C'est le cas pour Bruno qui y est né et ne connaît que celle-ci. Mais c'est le cas aussi pour Pietro, le narrateur, que Bruno surnomme Berio, qui signifie "rocher", qui y a grandi. Il n'y a qu'une montagne à lui faire cet effet, à lui faire ressentir ces émotions, à le faire en quelque sorte être lui. Cette montagne, il faut dire qu'il l'a comme reçue en héritage.
Une autre chose dont il a hérité aussi, c'est d'un père qu'il ne soupçonnait pas. Son père, il l'a laissé tomber comme beaucoup d'ados le font, mais en découvrant ou retrouvant différents objets, il comprendra enfin cet homme qu'il avait probablement mal jugé.
Cependant, ce qui domine dans cette histoire, c'est cette relation amicale entre Bruno et Berio. L'un paysan, gaillard, irrémédiablement ancré à son petit bout de pays et l'autre, plus fragile en apparence, globe-trotter, mais toujours mystérieusement ramené vers la montagne de son enfance.
Un deuxième livre de Paolo Cognetti, après Sofia s'habille toujours en noir, que j'ai aimé. Les deux attachants personnages principaux nous entraînant à travers sentiers, pierrailles, torrents, alpages, vires et cairns, vers une nature où il est interdit de tricher.
Les huit montagnes ( Paolo Cognetti ) ( 2016 ) Éditions Le Livre de Poche.
mardi 26 mai 2020
Dans le café de la jeunesse perdue - Patrick Modiano
Oh Louki
Que n'étais-je ce timide étudiant
En arrêt devant toi te dévorant
Ou ce privé à l'obscur pédigrée
Que ton mari avait dû engager
Oh Louki
Il y a ceux qui restent Louki
Et puis ceux qui ne le font pas
Ne le pouvant sans doute pas
Dans leur couple dans leur vie
Oh Louki
...
Je veux continuer à t'appeler
Comme on le faisait au Condé
Ton vrai prénom ton vrai nom
C'était pour un autre quartier
Mon vrai nom mon vrai prénom
C'était pour un autre temps
Avec toi je n'étais que Roland
Oh Louki
Il y a ceux qui ont l'art
De la fugue de la fuite
Ceux qui n'en ont que l'espoir
Ceux pour qui elle est inscrite
Oh Louki
Je me demande soudain
Où tu peux être maintenant
Et puis oui je me souviens
Je me souviens forcément
Dans le café de la jeunesse perdue ( Patrick Modiano ) ( 2007 ) Éditions Folio.
mardi 19 mai 2020
Le procès - Franz Kafka
L'histoire de Joseph K. est célèbre. Elle a, aux côtés de celle de K. du Château, été à l'origine de l'adjectif "kafkaïen".
Un matin, à son réveil, il reçoit par l'intermédiaire de deux hommes la notification de son arrestation et conséquemment du début de son procès. De chapitres en chapitres, d'épisodes en épisodes, cherchant à savoir de quoi et par qui il est accusé, il pénétrera jusqu'à un certain point dans les arcanes d'un monstre inhumain. Parce qu'il faut le préciser, K. est arrêté mais libre d'aller et venir, pourvu qu'il se rende aux convocations de la justice. Il aura beau foncer, tête baissée parfois, se mettre en colère, user d'ironie, de causticité, rien y fera, il ne pourra en aucun cas démonter un seul des rouages de cette machine froide. Ces rouages ont pour visages avocat, juge, huissier ou les proches de ceux-ci. Mais tout est justice, il suffit d'ouvrir une porte anodine, de franchir un couloir, de monter un escalier pour se retrouver au tribunal. Ce sont des murs invisibles que Kafka met sur la route de son héros, comme la première porte de la Loi dans la parabole de l'homme qui bute toute sa vie durant devant celle-ci et son gardien. Et si Joseph K. n'était coupable finalement que de vivre ?
Ce qu'oppose en effet Kafka à cette machine, c'est un être de chair et de sang, avec du caractère, avec des pulsions sexuelles très marquées. Mlle Bürstner et Leni peuvent en témoigner. Alors la vie de Joseph K. peut paraître terne avec son emploi de fondé de pouvoir dans une banque et son existence solitaire dans la pension de Mme Grubach mais il est vivant, et bien vivant !
Ça faisait un moment que ce livre était sur mon étagère et que je lorgnais sa couverture avec le tableau de Bacon. Je n'arrivais pas à me décider à le relire ...
Peut-être parce qu'il existe une nouvelle traduction depuis quelques années et que celle-ci est l'originelle d'Alexandre Vialatte. Et le fait est qu'elle me semble à certains endroits un peu passée. Alexandre Vialatte, dont j'ai lu quelques-unes des excellentes chroniques dans La Montagne, n'était pas germanophone. C'était sa femme qui traduisait avec lui qui l'était. Ils se sont servis qui plus est de la version du livre qu'en a fait Max Brod, qui est sujet à caution.
Le procès ( Franz Kafka ) ( 1925 ) Éditions Folio.
dimanche 3 mai 2020
La neige de Saint Pierre - Leo Perutz
Lors d'un hiver à Morwede, une bourgade de Westphalie, il s'est passé des choses étranges : il y eut une révolte paysanne, un inventeur mettait la dernière main à ses recherches sur une substance ayant de grands pouvoirs, une ancienne lignée impériale était sur le point de renaître de ses cendres ... Cela s'est passé pendant le temps où le docteur Amberg y a pris son premier poste.
Amberg se réveille d'un coma dans un hôpital. Rapidement, il met en doute la version des médecins sur la raison de sa présence en ce lieu. Non, il n'a pas été renversé par cette voiture, il l'a évité et il a bien rejoint la gare où il y a bien pris le train pour Morwede.
Lors du récit qu'il nous fait des événements tels qu'ils se sont déroulés selon lui, tous les lieux, tous les personnages, toutes les atmosphères sont chargés d'interrogations entre raison et folie, de soupçons de conspiration, de manipulation.
Quels sont les buts réels du baron von Malchin, avec ses idées politiques et religieuses et la soi-disant œuvre de sa vie, ceux de Federico, son fils adoptif, au comportement étrange, de Praxatine, son majordome, ce russe exubérant ? Et ce curé et cet instituteur qui semblent en savoir beaucoup plus qu'ils ne veulent bien dire ? Et surtout, quels sont les buts de Kallisto dite Bibiche, la femme dont le docteur est épris depuis la faculté de médecine - est-elle véritablement amoureuse de lui, comme elle le dit haut et fort et si souvent ou ne jouerait-elle pas en fin de compte un double-jeu ? N'y aurait-il pas de ce côté-là aussi quelque plan caché ?
Amberg devra arriver sur son lit d'hôpital pour se faire sa vérité. Et s'y accrocher.
C'est le quatrième livre de Leo Perutz que je lis. Encore une fois, je suis impressionné par la construction de son récit. Et comme pour les précédents, sa fluidité est un tour de force au regard de l'histoire racontée.
Ce roman est paru en 1933. En pleine montée du nazisme. Régime qui le censurera. On peut et on doit, dans l'histoire de Perutz, voir des parallèles avec la situation en Allemagne à cette époque-là.
Une nouvelle fois, un grand merci à Claude pour la découverte de Leo Perutz.
La neige de Saint Pierre ( Leo Perutz ) ( 1933 ) Éditions Zulma.
mardi 28 avril 2020
Jack Kerouac / Tom Waits ( 2 )
Jack & Neal / California, here I come
( Tom Waits ) ( Joseph Meyer, Al Jolson, Buddy G. De Sylva )
En 1977, sur Foreign affairs, son cinquième album, Tom Waits évoquait déjà Sur la route, faisant revivre Jack et Neal, ponctuant sa chanson par quelques mesures du classique California, here I come.
lundi 27 avril 2020
Jack Kerouac / Tom Waits ( 1 )
On the road ( Home I'll never be )
Texte : Jack Kerouac
Musique : Tom Waits
Précisément, je ne sais pas quand Tom Waits a enregistré ce morceau. C'est quelque part dans les années 90 avec le groupe de rock alternatif Primus. On le trouve appeler On the road ou Home I'll never be. Il est paru sur le coffret d'inédits Orphans en 2006.
Texte : Jack Kerouac
Musique : Tom Waits
Précisément, je ne sais pas quand Tom Waits a enregistré ce morceau. C'est quelque part dans les années 90 avec le groupe de rock alternatif Primus. On le trouve appeler On the road ou Home I'll never be. Il est paru sur le coffret d'inédits Orphans en 2006.
dimanche 26 avril 2020
Sur la route ( Le rouleau original ) - Jack Kerouac
On dit souvent que le rouleau est la première version de Sur la route mais l'écriture puis la parution de ce livre est une véritable épopée. Jack Kerouac commence "La route" en 1949, en fait plusieurs versions qui ne le satisfont pas et c'est en Avril 1951, en trois semaines à partir de ses nombreux carnets de notes, qu'il tape le rouleau, littéralement des feuilles de papier attachées ensemble pour ne pas avoir à s'arrêter - il n'y a aucun retour à la ligne, c'est un bloc de 450 pages.
C'est tout un cheminement créatif qui l'a mené à la rédaction du rouleau : de longues hésitations et réflexions à propos de ce que devait être sa "Route" et une révélation aussi : une lettre de 13 000 mots de Neal Cassady où celui-ci écrit un peu ce qui lui passe par la tête dans un flot continu.
Puis il faudra attendre six ans ( 1957 ) et de nombreuses négociations et de nombreux aménagements pour voir le roman enfin publié. Jack en aura fait deux autres versions à partir du rouleau.
Plus de Dean Moriarty ni de Sal Paradise. Dans le rouleau, les héros ont droit à leur véritable identité : Neal Cassady et Jack Kerouac donc. Tous les autres de même : Burroughs, Ginsberg, Carolyn, Louanne, etc ... Et quelque chose qui a aussi maintenant droit de cité : le sexe, notamment la bisexualité de Neal.
Juste après la Seconde Guerre Mondiale, Jack rencontre Neal à New York par l'intermediaire d'amis dont Ginsberg. Il décide de le rejoindre à Denver où il vit à l'époque avec Louanne Henderson. Et de là vont commencer leurs va-et-vient d'Est en Ouest, leurs zigzags aussi à travers la nuit américaine. De Denver à San Francisco où Neal se mariera avec Carolyn, de La Nouvelle Orléans où vit Burroughs à New York où Jack rentre de temps en temps auprès de sa mère.
Mais que recherchent Jack et Neal le long de cette course folle ? Le IT, la pulse : le ÇA, la pulsation. Et cela se déniche peut-être dans les interminables lignes droites avalées à un 160 de croisière, dans la transe à l'écoute d'un morceau de bop, à l'intérieur de soi, dans son cœur.
Au départ, la lecture est perturbante de par la forme du livre et l'on se dit également que c'est avant tout une succession de faits, de déplacements pour la plupart et c'est au moment où l'on se dit ça que Kerouac vous attrape, quand il se pose enfin pour vivre en Californie une petite histoire d'amour avec Béa, une jeune mexicaine. Et quand il repartira, il vous amènera avec lui sur cette route-là, si particulière, sans arrêt, sans repos. Au cœur palpitant de la Beat Generation avec Neal le fou, le saint, l'ange dément et avec lui, Jack, son poisson-pilote.
Sur la route ( Le rouleau original ) ( Jack Kerouac ) ( 1951 ) ( 1957 ) Éditions Folio.
mardi 14 avril 2020
No more buffalo - James McMurtry
Dans ce tour rapide parmi la musique que j'aime, je ne pouvais pas manquer l'étape James McMurtry. Un chanteur que je n'ai pas cessé d'écouter depuis que je l'ai découvert, m'accompagnant parfois des jours et des jours d'affilée. Quand j'y pense, je me vois toujours l'écoutant au volant. Mon album préféré est son quatrième It had to happen, c'est de lui que vient No more buffalo.
jeudi 9 avril 2020
Cooksferry queen - Richard Thompson
Richard Thompson a une immense discographie et c'est rien de le dire. Avec Fairport Convention, avec son ex-femme Linda, en solo ... il a même joué sur trois enregistrements de Nick Drake. Alors je n'ai malheureusement qu'une minuscule partie de tout ce qu'a fait ce Monsieur, grand songwriter et guitariste absolument impressionnant.
Je poste Cooksferry queen, pour la qualité de la vidéo et parce qu'elle est sur Mock Tudor, mon album préféré de lui. Mais il y en aurait tellement d'autres, électriques comme ici ou seul en acoustique. Un exemple : les dix minutes à Cambridge en 2011 où il chante Uninhabited man et Johnny's far away.
Je poste Cooksferry queen, pour la qualité de la vidéo et parce qu'elle est sur Mock Tudor, mon album préféré de lui. Mais il y en aurait tellement d'autres, électriques comme ici ou seul en acoustique. Un exemple : les dix minutes à Cambridge en 2011 où il chante Uninhabited man et Johnny's far away.
lundi 6 avril 2020
Proverbes de l'enfer ( Extraits ) - William Blake
La route de l'excès mène au palais de la sagesse.
Celui qui désire sans agir couve la peste.
Le fou ne voit pas le même arbre que le sage.
L'abeille qui s'affaire n'a pas de temps pour le chagrin.
L'acte le plus sublime consiste à faire passer l'autre avant soi.
Un nid pour l'oiseau, une toile pour l'araignée, pour l'homme l'amitié.
Jamais l'aigle ne perdit plus de temps que lorsqu'il consentit à apprendre du corbeau.
Qui t'a permis de lui en imposer te connaît.
Les tigres de la colère sont plus sages que les chevaux du savoir.
Tu ne sauras jamais ce qu'est la mesure, tant que tu n'auras pas passé la mesure.
L'air à l'oiseau, la mer au poisson, de même le mépris à celui qui le mérite.
Proverbes de l'enfer ( Le mariage du ciel et de l'enfer ) - William Blake ( 1793 ) Éditions Allia.
dimanche 5 avril 2020
The weight - The Band / The Staples
Il n'y a pas que Bob Dylan dans la vie ! Il y a The Band aussi ...
Robbie Robertson, Rick Danko, Garth Hudson, Richard Manuel, Levon Helm, cinq musiciens exceptionnels. Tous quasiment chanteurs, multi-instrumentistes et compositeurs.
Cette vidéo est extraite du film The last waltz de Martin Scorsese qui fixe leur concert d'adieux de 1976 où ils ont invité une sacrée brochette d'amis à les rejoindre ...
Cette version de The weight est celle enregistrée sans public avec le groupe gospel The Staples. Et il y a un petit bonus à la fin ...
Robbie Robertson, Rick Danko, Garth Hudson, Richard Manuel, Levon Helm, cinq musiciens exceptionnels. Tous quasiment chanteurs, multi-instrumentistes et compositeurs.
Cette vidéo est extraite du film The last waltz de Martin Scorsese qui fixe leur concert d'adieux de 1976 où ils ont invité une sacrée brochette d'amis à les rejoindre ...
Cette version de The weight est celle enregistrée sans public avec le groupe gospel The Staples. Et il y a un petit bonus à la fin ...
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